Dernière née des éditions Lingva, « Nuits Blanches » accueillait initialement des auteurs russes, ukrainiens et biélorusses contemporains. Depuis 2022, nous n’éditons cependant plus que des auteurs ukrainiens.
Cela fait des années que nous travaillons autour des frères Strougatski. Mais pas encore pour Lingva, puisque jusqu’ici nous n’avons publié que des oeuvres antérieures à 1950.
Cela a commencé par une interview de Boris pour Lunatique, puis par diverses révisions de traductions et même des traductions inédites pour les éditions Denoël, ce qui nous a permis d’aborder d’authentiques chefs d’oeuvres comme Stalker, Il est difficile d’être un dieu, ou encore L’Escargot sur la pente. Cependant, il reste beaucoup à faire. Des romans écrits à deux sont toujours inédits, et tant Arkadi que Boris ont aussi publié en solo.
C’est l’occasion pour nous de nous lancer, avec la traduction du dernier roman de Boris Strougatski, Les Inhibés,dans lequel il est question d’un groupe d’hommes, tous dotés de pouvoirs spéciaux, mais incapables de s’en servir pour changer le monde.
« Nous n’aboutirons à rien.Nous sommes soit indifférents, soit inhibés. Les impuissants de ce monde… Mais voilà une chose étonnante : il me semble que je l’envie. On lui fait la chasse, on attend quelque chose de sa part, on a besoin de lui, ou bien il dérange quelqu’un, ou peut-être qu’il lui est utile. C’est un baratineur, un faible, un mollasson, et en même temps, il représente une certaine valeur, pas des moindres d’ailleurs. Et moi, je suis vide. Personne n’a besoin de moi. Comme une canette de bière vide… »
Pour cela, nous allons lui donner un cadre spécifique, avec une nouvelle collection, Nuits Blanches, puisque Saint-Pétersbourg était la ville de Boris.
Le roman paraîtra le 1er octobre (ISBN 979-10-94441-29-9, 23€), mais vous pouvez déjà le précommander: les frais de port sont comme d’ordinaire offerts.
Cette parution marquera d’ailleurs le deuxième anniversaire de Lingva, et à cette occasion, nous lancerons une opération sur les versions numériques de nos livres. Nous y reviendrons.
Mardi 28 juin prochain, nous serons à la librairie La Lucarne des écrivains, à Paris, pour présenter la comédie de Leo Birinski en abordant le thème de l’humour autour de la Révolution en Russie.
Les amateurs de culture et de littérature russe connaissent forcément Ostap Bender, ce sympathique escroc et flamboyant aventurier, personnage principal de ce chef-d’oeuvre de la littérature satirique que sont Les Douze chaises(Двенадцать стульев, 1928), roman d’Ilya Ilf et Evguéni Petrov – qu’il est possible de lire dans la traduction d’Alain Préchac aux éditions Parangon.
Résumons brièvement l’histoire: Hippolyte Vorobianinov, veuf et ancien maréchal de la noblesse, maintenant simple employé de bureau, apprend que sa belle-mère, lors de la Guerre Civile, a caché dans le rembourrage d’une chaise faisant partie d’un lot de douze, un trésor en diamants. Après avoir fait connaissance avec Ostap Bender, un escroc professionnel, il va se lancer à la poursuite des douze chaises, dispersées à travers le pays, ce qui sera à l’origine de situations toutes plus cocasses les unes que les autres.
En 1976, l’acteur Andreï Mironov a magnifiquement interprété ce personnage au cinéma:
Il semble que le roman d’Ilf et Petrov ait servi de source d’inspiration à un émigré russe, à Paris, en 1932. Nous lisons en effet dans le journal Le Populaire, en date du 27 mai 1932, l’article suivant:
« Un escroc international sous les verrous
Hier, des inspecteurs de la Sûreté générale, procédaient à l’arrestation, pour usage de faux passeport, d’un individu de nationalité russe, déjà connu des services de police, sous le nom de Serge Maximoff, comme pratiquant l’escroquerie dite au trésor caché.
Au cours de la fouille à laquelle il fut soumis, cet individu fut trouvé porteur d’une pièce d’identité au nom de Genrich Martens et comportant sa propre photographie.
Des recherches furent aussitôt effectuées aux archives de la Sûreté générale aux fins d’identification, qui permirent d’établir qu’en réalité Maximoff répondait à l’identité de Nicolas Vidine, né le 29 novembre 1902 en Russie. Cet individu qui a commis d’importantes escroqueries à l’étranger se réfugiait toujours à Paris entre deux expéditions.
C’est an cours de l’un de ses séjours, en mai 1931, qu’il tenta de commettre l’escroquerie dite au trésor caché qui lui valut de se signaler à l’attention de la police.
La victime en devait être le directeur d’une banque mais celui-ci pris de soupçon laissa tomber la proposition et prévint la Sûreté.
Le thème adopté par Vidine pour amener ses dupes à composition peut se résumer ainsi. Un trésor représentant plusieurs centaines de millions en pierreries et en monnaies, est actuellement en lieu sûr en Bulgarie. Il a été arraché des mains d’un équipage bolcheviste alors qu’il était transporté à travers la Mer Noire. Il provient de la mise à sac de banques et de châteaux du début de la Révolution russe. Il est actuellement enfermé dans des caisses de fer enterrés dans des trous le long du Danube.
II s’agit de les exhumer clandestinement et de les mettre hors d’atteinte. Une opération de ce genre nécessite des frais considérables. Il n’est pas douteux que Vidine semble avoir eu des amateurs en nombre assez considérable et qu’il leur faisait verser de fortes provisions.
Il est au dépôt. »
L’escroquerie en elle-même est classique: il s’agit d’une variante de la « Lettre de Jérusalem », apparue en France à la fin du XVIIIe siècle et théorisée par Vidocq en 1836, et toujours largement employée par d’innombrables escrocs qui agissent par email. Mais l’idée de transplanter ça en Russie, et de faire des richesses cachées un trésor pris sur les Bolchéviks, est nouvelle… et possiblement due à l’influence d’Ilf et Petrov.
Depuis plus d’un an et demi maintenant que Lingva existe, nous avons tenté de ramener à la lumière des auteurs parfois totalement tombés dans l’oubli, alors même que parfois ils ont pu être populaires de leur vivant. Les causes de cette amnésie littéraire sont multiples, mais bien souvent la politique n’est jamais loin. L’un des auteurs qui attirent notre attention en ce moment est Sergueï Solomine.
Sergueï Solomine est le pseudonyme de Sergueï Yakovlevitch Stretchkine (1864-1913), un noble de la province de Toula, qui fit ses études à l’Académie forestière de Moscou avant d’en être expulsé en raison de sa participation aux mouvements révolutionnaires, et notamment à l’organisation arnachiste clandestine La Volonté du Peuple (Narodnaya Volia). Il est arrêté en 1887 et exilé dans la région d’Arkhangelsk. Il ne rentre de cet exil que trois ans plus tard. Il se lance alors dans l’écriture et commence à collaborer, à partir de 1894, à la plupart des magazines populaires d’avant-guerre : Argus, La Revue Bleue, Ogoniok.
L’essentiel de son activité prend place entre 1909 et 1913. Grand amateur d’Arthur Conan Doyle – il a publié une Fin de Sherlock Holmes en 1911 –, son domaine est celui de la littérature populaire, du récit d’évasion. Et de ce fait, il est l’un des premiers auteurs russes à se consacrer régulièrement à la science-fiction. Inventions fabuleuses, aventuriers, voleurs, ingénieurs philanthropes, tout cela se croise dans ses récits et nouvelles qui, s’ils ne sont pas l’œuvre d’un grand styliste, se lisent toujours avec plaisir. Sergueï Solomine est à ce titre un véritable précurseur.
En 1905, il participe aux événement révolutionnaires, mais ne sera pas immédiatement inquiété ; ce n’est qu’en 1910 qu’il est de nouveau condamné à l’exil, cette fois-ci dans l’Oural. Cela ne l’empêche pas de continuer à publier mais il tombe alors malade, et il décède en 1913, alors qu’il avait été autorisé à s’installer près de Saint-Pétersbourg. Une grande partie de ses récits ont été rassemblés en deux volumes et publiés en 1914. Il n’a jamais été réédité durant l’époque soviétique, ce qui ne surprend pas, vu qu’il était nihiliste, et il a fallu attendre ces dernières années pour voir ressurgir, dans des anthologies thématiques, certaines de ses nouvelles. Ses autres textes restent encore assez difficilement accessibles.
Sans doute ne ferons-nous pas un recueil de ses œuvres, du moins pas dans l’immédiat, mais nous avons traduit déjà trois de ses nouvelles, appartenant à des genres différents, mais relevant tous de la littérature populaire d’alors.
Le premier a donc été sa Fin de Sherlock Holmes (1911), que nous avons publiée directement sur notre blog, en libre accès. Solomine y dévoile son admiration pour le héros d’Arthur Conan Doyle.
Le deuxième est Le Vampire (1912), éditée cette fois en numérique. Influencé par Bram Stoker (qui n’était alors pas traduit en russe, Solomine présente en quelques courtes pages des idées alors nouvelles sur les causes du vampirisme.
La troisième, Les Ancêtres (1913), paraîtra sans doute à l’automne au sein de l’anthologie Dimension Merveilleux scientifique 2, dirigée par Jean-Guillaume Lanuque pour les éditions Rivière Blanche. On y découvrira un monde perdu, là encore à la façon de Conan Doyle (dont le roman sera traduit en russe après la parution des Ancêtres), mais situé cette fois sous terre, comme celui que présentera quelques années plus tard Vladimir Obroutchev dans La Plutonie.
Plus tard, peut-être traduirons-nous encore d’autres de ses textes.
On le surnomme « Barbe Bleue ». Deux fois il s’est marié, deux fois sa femme est morte, desséchée, au bout de la deuxième année. Et voilà que Boklevski a des visées sur une troisième jeune femme… Sergueï Solomine (1864-1913) était un auteur populaire avant la Première Guerre mondiale. Son « Vampire » a été publié en 1912.
Présentation et traduction par Viktoriya et Patrice Lajoye
Ils en ont parlé:
« Un texte court dont la structure ne révolutionne pas le genre mais qui, de par son utilisation de la figure du vampire, entre pathologie et psychisme, s’avère pour le moins novatrice à son époque. Une curiosité pour les amateurs. »
Sergueï Solomine est le pseudonyme de Sergueï Stretchkine, militant anarchiste et écrivain populaire du début du XXe siècle. Il est l’auteur de nombreux romans et nouvelles dans les genres du policier, du fantastique et de la science-fiction qu’il contribue à développer en Russie.
Ieronim Iassinski, sous son nom ou sous le pseudonyme de Maxime Belinski, est un auteur prolifique de la seconde moitié du XIXe et du début du XXe siècle. Né à Kharkiv (Ukraine), il a publié de nombreux romans, et a mené une riche carrière de directeur de revues.
Leo Birinski est probablement né à Lysianka, près de Kiev. Il emménage à Vienne au début du XXe siècle et devient auteur de théâtre. En 1927, il s’installe aux USA, où il devient un scénariste de cinéma très demandé. Il meurt cependant dans la misère en 1951.
Disponible aussi en numérique sur Kobo, Amazon Kindle, et Lulu.com
Leo Birinski, un Juif ukrainien installé à Vienne, et Maxime Belinski, originaire de Kharkiv, ont tous deux contribué chacun à leur manière à dédramatiser la Révolution, à en faire un sujet d’humour. Dans la comédie La Danse des fous, de Leo Birinski, on se retrouve chez un gouverneur de province, corrompu jusqu’à l’os, qui ne cesse d’envoyer au gouvernement des rapports alarmistes dans le but d’obtenir de nouveaux crédits qui lui permettront de mener un large train de vie. Parallèlement, les révolutionnaires ont décidé de faire de ce même gouvernement un havre de paix, afin de pouvoir y dissimuler tranquillement fugitifs et archives…
En complément, Maxime Belinski nous offre une petite saynète, autour d’un révolutionnaire qui s’emploie à cacher deux bombes chez une jeune fille et sa mère. Dans les deux cas, le sujet est grave: raison de plus pour en rire.
Textes traduits par Maurice Rémon et Véra Vend, et révisés par Viktoriya et Patrice Lajoye